Présentés dans des coffrets semblables aux boîtes d’entomologiste, dans un esprit de cabinet de curiosité, « Off 2 » et la série des « Espaces autres » envisagent la notion de « suture » dans un questionnement entre territoires occultes, lieux d’histoires

architectoniques et mémoire.


« Off 2 » se présente comme un livre ouvert dont les pages scellées auraient été séparées de force, livrant leurs déchirements, leurs failles, et leurs secrets, qui pourraient tout aussi bien se révéler être ceux de l’artiste. A cette œuvre évoquant tout à la fois l’arrachement et la force du lien, répondent quelques " Espaces autres". Références explicites aux « Hétérotopies » de Michel Foucault*, définies comme «juxtaposition en un seul lieu réel de plusieurs espaces, plusieurs emplacements qui sont en eux-mêmes incompatibles »*, les « Espaces autres » de Vanessa Fanuele donnent à voir des espaces architecturaux violemment redessinés, comme une poussée de l’écorce terrestre violant le construit, forçant à une autre cartographie. Espace réel, qui n’est pas, écrit Foucault, un « espace homogène et vide, mais, au contraire, un espace qui est tout chargé de qualités, un espace, qui est peut-être aussi hanté de fantasme; l'espace de notre perception première, celui de nos rêveries, celui de nos passions détiennent en eux-mêmes des qualités qui sont comme intrinsèques (...) L'espace dans lequel nous vivons, par lequel nous sommes attirés hors de nous-mêmes dans lequel, se déroule précisément l'érosion de notre vie, de notre temps et de notre histoire, cet espace qui nous ronge et nous ravine est en lui-même aussi un espace hétérogène.»*, au sein duquel tout est superposable.


Ces « Espaces autres », qui sont aussi espaces intérieurs absurdement bouleversés, sont déchirements, dans les strates de la mémoire, en rupture de temporalité linéaire, "boursouflures" du passé faisant irruption dans le présent, hétérotopie du temps qui s'accumule à l'infini, hétérotopie dans laquelle « le temps ne cesse de s'amonceler et de se jucher au sommet de lui-même »*


L’espace de l’art étant une hétérotopie par excellence, ces « Espaces autres » se dessinent comme les lieux réels de territoires en sommeil.

*Michel Foucault, Dits et écrits 1984 , Des espaces autres (conférence au Cercle d'études architecturales, 14 mars 1967), in Architecture,
Mouvement, Continuité, n°5, octobre 1984, pp. 46-49


Née en 1971, Vanessa Fanuele vit et travaille à Paris. 
Son travail, protéiforme, peinture ou installation, s’articule autour d’interrogations complexes liés tant à la question de la féminité qu’à la mémoire ou aux espaces mentaux. Dans une sorte d’archéologie intérieure, aux travers d’éléments plastiques parfois hétérogènes qu’elle déplie, triture, traite et maltraite, elle cherche à extraire de la mémoire, comme on ouvre une boite de Pandore, les réminiscences d’une identité, d’une histoire, des fragments d’émotions, des explorations indécises, un secret. 
Des confins de la conscience et du corps elle extirpe des « monstres », personnels ou collectifs, toute une mythologie intime qui rejoint souvent une certaine forme d’intuition du sacré, jouant parfois l’ambiguïté de la sensualité des corps en même temps que de leur organicité, sang et humeurs. Mais ici, dans une expression radicale et dramatique, troublante dans son raffinement évoquant quelque monde enseveli, reliques, éléments organiques ou objets précieux se lovent entre eux et prolifèrent en rhizomes d’une conscience profonde, affleurant toujours entre les déchirures.


Marie De Paris